Bien que les raisons mènent à l'insécurité alimentaire soient diverses et complexes, on peut tout de même les répartir selon trois niveaux explicatifs :
Les causes immédiates
L'insécurité alimentaire au niveau individuel existe pour plusieurs raisons qui tournent essentiellement autour d'une dimension déterminante :
Les moyens d'avoir accès à suffisamment d'aliments nutritifs (accès physique), sur une base régulière, et de pouvoir se les procurer en toute dignité (accès économique).
- Des revenus trop faibles ne permettent pas de répondre correctement aux besoins de base, notamment, celui de se nourrir.
Dans la région de la Capitale-Nationale, en 2003
1 personne sur 10, ce qui correspond à un minimum de 55 400 personnes, a déclaré avoir vécu une situation d'insécurité alimentaire en raison d'un manque d'argent.
L'insécurité alimentaire ne se limite pas aux seuls ménages à faible revenu, elle touche aussi certains ménages à revenu moyen, mais ce sont quand même ces ménages qui sont les plus affectés par cette problématique.
La pauvreté n'est pas l'unique explication de l'insécurité alimentaire, mais elle en est certainement une des causes les plus importantes.
D'autres raisons que la pauvreté peuvent expliquer les difficultés financières qui mènent parfois vers une situation d'insécurité alimentaire dont :
- Des dépenses mal contrôlées (difficulté à gérer son budget ou à résister à la surconsommation, etc.) ;
- Des problématiques personnelles qui affectent de le revenu comme le jeu pathologique, la toxicomanie (alcool, drogue), la maladie mentale etc.
Les personnes en insécurité alimentaire par manque d'argent doivent faire des choix difficiles entre des besoins essentiels. Avec un budget restreint qui suffit à peine à payer les dépenses fixes comme le loyer, l'électricité, etc., on coupe dans la nourriture quand on n'arrive pas à joindre les deux bouts.
Si les dépenses prévues peuvent occasionner des problèmes, qu'arrive-t-il lorsque surviennent des dépenses imprévues comme un réfrigérateur à remplacer, une augmentation de loyer, des soins dentaires?
Les moyens physiques ou la facilité de déplacement :
- La répartition inégale des différents types de commerce d'alimentation rend l'accès à des aliments sains et nutritifs aux meilleurs coûts possible plus difficile.
Les personnes en situation d'insécurité alimentaire font également face à différentes difficultés liées à l'approvisionnement en raison d'un problème de distance ou de transport. Autrement dit, il est beaucoup plus difficile pour elles d'obtenir des aliments sains et nutritifs aux meilleurs coûts sur le marché :
- Des supermarchés d'alimentation trop loin ;
- Un moyen de transport inexistant ou inadéquat.
Les causes primaires
Les causes immédiates de l'insécurité alimentaire (faible revenu et difficulté d'accès) sont le résultat de causes primaires :
Un salaire minimum trop bas
Travailler, il n'y a pas si longtemps, c'était se sortir à tout coup de la pauvreté et par le fait même se sortir de l'insécurité alimentaire. Ce n'est plus nécessairement le cas aujourd'hui.
En 2003, dans la région de la Capitale-Nationale :
- 8% des personnes dont la principale source de revenu provenait d'un emploi ont dit avoir vécu de l'insécurité alimentaire(environ 30 000 personnes sur un total de plus de 375 000).
Même à plein temps, le travail au salaire minimum ne permet pas d'atteindre le seuil de faible revenu. Dans ces conditions, que faut-il penser du travail à temps partiel quand on sait que la moyenne d'heures travaillées par les personnes payées au salaire minimum est de 25 heures par semaine.
| Salaire minimum (au 1er mai 2007) | |
| Salaire horaire minimum | 8,00 $ |
| Revenu annuel si temps plein (40 h/semaine) | 16 640 $ |
| Revenu annuel si 25 h/semaine | 10 400 $ |
| Seuil de faible revenu avant impôt (2006) pour une personne seule (région de la Capitale-Nationale) | 21 202 $ |
En 2007, un individu payé au salaire horaire minimum doit travailler 51 heures par semaine pour atteindre un revenu de travail équivalent au seuil de faible revenu avant impôt.
- À propos du salaire minimum
De plus en plus pauvres entre 1997 et 2005
La rémunération horaire moyenne des employés québécois (ce qui exclut les travailleurs autonomes est passée de 15,26 $ à 18,43 $
| Le taux horaire du salaire minimum est passé de 6,80 $ à 7,60 $ :
|
Évolution du salaire minimum
- Le salaire minimum a perdu 22 % de sa valeur sur une période de 29 ans, après plusieurs années sans augmentation et des années où les augmentations ont été inférieures à l'inflation ;
- À titre d'exemple, les données présentées dans le tableau suivant attestent que de 1997 à 2007 l'augmentation du taux horaire du salaire minimum a été inférieure à la hausse du coût de la vie.
Salaire minimum et inflation, Québec, 1997-2007
| Années | Taux horaire du salaire minimum | Taux d’inflation | Taux horaire si selon inflation * | ||
| Niveau | Variation | Variation | Niveau | ||
| $ | % (écart p/r taux d’inflation | % | $ | ||
| 1997 | 6.80 | … | … | 1.7 | 6.80 |
| 1998 | 6.90 | 0.10 | 1.5 (-0.2) | 1.4 | 6.92 |
| 1999 | 6.90 | 0.00 | 0.0 (-1.4) | 1.5 | 7.02 |
| 2000 | 6.90 | 0.00 | 0.0 (-1.5) | 2.4 | 7.13 |
| 2001 | 7.00 | 0.10 | 1.4 (-1.0) | 2.4 | 7.30 |
| 2002 | 7.20 | 0.20 | 2.8 (+0.4) | 2.1 | 7.48 |
| 2003 | 7.30 | 0.10 | 1.4 (-0.7) | 2.5 | 7.64 |
| 2004 | 7.45 | 0.15 | 2.0 (-0.5) | 1.9 | 7.83 |
| 2005 | 7.60 | 0.15 | 2.0 (+0.1) | 2.3 | 7.98 |
| 2006 | 7.75 | 0.15 | 2.0 (-0.3) | 1.7 | 8.16 |
| 2007 | 8.00 | 0.25 | 3.1 (+1.4_ | … | 8.30 |
| Moyenne/an | 0.11 | 1.6 (-0.4) | 2.0 | ||
| Variation 1997-2007 | 1.20 | 17.6% (-4.5%) | 1.50 (22.1%) | ||
* Ce taux horaire calculé en fonction de l'augmentation du coût de la vie ne tient toutefois pas compte des ajustements qui auraient dû être faits avant 1997, ce qui aurait probablement influencé à la hausse le taux horaire de départ (6.80 $ en 1997).
Résumé du tableau
- La hausse moyenne du salaire minimum a été de 1,6 % par année tandis que celle du taux d'inflation a été de 2 % annuellement ;
- Mis à part les années 2002, 2005 et 2007, l'écart entre le pourcentage d'augmentation du salaire minimum et celui du taux d'inflation est négatif ;
- En 1999 et 2000, il n'y a eu aucune augmentation du salaire minimum ;
- Bien que le salaire minimum soit passé à 8.00 $ l'heure le 1er mai 2007, une hausse qui dépasse le taux d'inflation de l'année précédente (1.7 %), cette augmentation est encore insuffisante pour compenser la perte du pouvoir d'achat subie les années antérieures.
Ainsi, juste entre 1997 et 2007, la perte du pouvoir d'achat des travailleurs payés au salaire minimum correspond à -4.5 %.
En plus de la baisse du pouvoir d'achat en termes réels, les effets de la hausse du taux horaire du salaire minimum, entre 1997 et 2007, sont amoindris par la baisse de la durée hebdomadaire habituelle de travail chez ces travailleurs (25,4 heures en 2005 comparativement à 28,1 heures en 1997, soit une baisse de 9,6 %).
Autrement dit, non seulement le taux horaire du salaire minimum n'a pas augmenté suffisamment pour tenir compte de la hausse du coût de la vie mais les travailleurs rémunérés au salaire minimum travaillent en moyenne moins d'heures par semaine qu'en 1997.
Demande:
Plusieurs groupes de défenses des droits des travailleurs réclament que le salaire minimum s'établisse à au moins 10$ l'heure afin de permettre à une personne seule qui travaille 40 heures par semaine d'atteindre le seuil de sortie de la pauvreté. Par la suite, il devrait être indexé en fonction du taux d'inflation.
Un travailleur à temps plein payé 10,20 $ l'heure gagnerait annuellement 21 216 $. Ce revenu lui permettrait de rejoindre le seuil de faible revenu établi à 21 202$ en 2006 (pour une région urbaine comme celle de la Capitale-Nationale).
Des prestations d'aide sociale inadéquates
Les montants que reçoivent actuellement les prestataires de l'aide de dernier recours ne suffisent pas toujours pour répondre à leurs besoins de base.
En 2003, dans la région de la Capitale-Nationale:
- 51 % des personnes dont la principale source de revenu provenait soit de l'aide sociale, de l'assurance-emploi ou de prestations pour accident de travail (près de 9 300 personnes sur une possibilité d'environ 18 0000, ont souffert d'insécurité alimentaire.
Les prestations de base d'aide sociale au 1er janvier 2012
| Prestation de base mensuelle | Revenu mensuel disponible (1) | Total annuel | % du SFR (2) | |
| 1 adulte | ||||
| Sans contraintes | 589 $ | 686 $ | 8 236 $ | 37 à 47 % |
| Contraintes temporaires | 589 $ | 983 $ | 10 711 $ | 48 à 62 % |
| Contraintes sévères | 896 $ | 997 $ | 11 966 $ | 54 à 69 % |
| 2 adultes avec situations identiques | ||||
| Sans contraintes | 913 $ | 1 053 $ | 12 631 $ | |
| 2 adultes avec situations différentes | ||||
| Un sans contraintes + une contrainte temporaire | 913 $ | 1 259 $ | 15 103 $ | |
(1) Le seuil de faible revenu avant impôt pour une personne seule est de 22 229 $ pour Les CSSS Vieille-Capitale et de Québec-Nord et de 17 409 $ pour les CSSS de Portneuf et de Charlevoix. On estime extrêmement pauvre un ménage dont le revenu est inférieur à 50 % du SFR (11 115 $).Source : Emploi et Solidarité sociale, Québec, prestations de base 2012
(2) Le revenu mensuel disponible comprend l'ensemble des revenus du ménage, dont la rémunération du travail et les transferts gouvernementaux, incluant les prestations des programmes d'aide financière de dernier recours et, d'autre part, des prélèvements obligatoires qui viennent réduire les revenus, dont l'impôt sur le revenu, les cotisations aux régimes d'assurance sociale (Régime de rentes du Québec, assurance-emploi et assurance médicaments) et certains frais liés à l'occupation d'un emploi (frais de garde).
Source : http://www.mess.gouv.qc.ca/solidarite-sociale/simulation-revenu/categorie1.asp
« Quand t'es pris dans le système, tu réalises que t'es juste un numéro... j'suis plus Martin, un être humain qui est en charge de trois enfants... j'suis un homme fini. »
Des prestations de chômage inadéquates
Les montants accordés aux travailleurs en chômage ne leur permettent pas toujours de combler leurs besoins de base.
Comment se calcule le montant accordé
Un exemple :
Au cours des 26 dernières semaines, une personne a travaillé 26 semaines et gagné 10 400 $. Elle vit dans une région où le taux de chômage est de 13,1 %.Dans son cas, le calcul pour obtenir la rémunération hebdomadaire moyenne est : 10 400 $ ÷ 26 = 400 $.
Pour obtenir le taux de la prestation hebdomadaire, le calcul est : 55 % de 400 $ = 220 $
- Le montant maximum accordé est de 485 $ par semaine;
- On peut recevoir des prestations régulières pendant une période variant entre 14 et 45 semaines maximum;
- Une famille à faible revenu avec enfants peut obtenir un supplément au revenu familial. Ce montant est calculé en fonction:
- du revenu familial net, qui ne doit pas excéder 25 921 $ et
- du nombre d'enfants dans la famille et leur âge.
Une fois que le montant maximum en prestations est atteint (485 $ par semaine), aucun supplément au revenu familial n'est versé. On ne peut donc pas recevoir plus de 485 $ par semaine, qu'on soit un célibataire ou une famille avec trois enfants.
Un faible niveau d'instruction
Les personnes n’ayant pas de diplôme d’études secondaires sont cinq fois plus susceptibles de travailler au salaire minimum ou à un salaire inférieur que celles ayant fait au moins des études postsecondaires partielles, soit 1 sur 8, contre 1 sur 39.
Quatre travailleurs au salaire minimum sur 10 n’ont pas de diplôme d’études secondaires, contre 1 sur 7 pour l’ensemble des employés. Cela va de pair avec les taux élevés de travail au salaire minimum chez les jeunes, dont un bon nombre n’ont pas encore terminé leurs études.
Des logements inabordables
« Mon loyer monte… mon épicerie baisse! »
La Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) définit le logement acceptable comme celui dont l’état est adéquat (pas de réparations majeures), la taille appropriée (compte tenu de la taille du ménage) et le prix abordable.
Toujours selon la SCHL, un logement est abordable si ses coûts (loyer, chauffage, électricité) équivalent à moins de 30 % du revenu d’un ménage avant impôts.
Ainsi, lorsqu’un ménage doit consacrer plus de 30 % de son revenu à son logement, cela signifie généralement qu’il y aura moins d’argent pour la nourriture, étant donné qu’il est plus « facile » de couper cette partie du budget.
En 2001, selon Statistique Canada :
- 36,5 % des ménages locataires de la région de Québec (40 835 ménages) consacraient 30 % et plus de leur revenu aux dépenses de loyer;
- 17,8 % (19870 ménages) y consacraient 50 % et plus.
Dans Limoilou, la situation était encore plus critique, car on a estimé que 80 % des gens étaient locataires et que 40 % d’entre eux consacraient plus de 30 % de leurs revenus à se loger.
- Au Québec, les femmes sont plus touchées que les hommes, particulièrement celles qui sont monoparentales.
Ménages locataires consacrant plus de 30 % et 50 % de leur revenu au logement Par sexe – au Québec en 2001 | |||
| Sexe | Total | 30 et plus (%) | 50 et plus (%) |
| Masculin | 607 660 | 29,7 | 15,5 |
| Féminin | 634 070 | 41,7 | 19,6 |
Témoignage
« Si j’paye pas mon loyer, mon propriétaire peut m’jeter dehors, si j’paye pas mon électricité, c’est Hydro Québec qui menace de m’couper, mais si j’achète pas de nourriture, qui ça dérange…? »
Le prix élevé des aliments, surtout ceux qui sont considérés sains et nutritifs (comme les fruits et les légumes)
Manger santé à faible coût : mission impossible
Selon de Dispensaire diététique de Montréal, un panier à provisions nutritif devrait représenter les tiers (34 %) du budget des familles à faible revenu. Or, avec un revenu annuel de moins de 22 000 $, ces familles ne consacrent que 21 % de leur budget à l’alimentation. Bien souvent, c’est le loyer qui gruge la partie la plus importante du budget des ménages à faible revenu. Le prix des aliments sains et nutritifs est souvent trop élevé lorsqu’on a un faible revenu.
Voici quelques exemples de différences de prix entre aliments nutritifs et aliments pauvres en nutriments essentiels :
- Lait 2 %, format de 2 litres, Parmalat = 2.98 $;
- Jus de pommes, format de 2 litres, Rougemont = 2.99 $;
- Coke diète à la lime, format de 2 litres = 1.99 $ + Tx (c’est sans compter que l’on trouve souvent ce format de liqueurs douces en spécial à .99 $!);
- Pommes McIntosh, Canada de fantaisie – Du Québec, format 3 lbs. = 3.99 $;
- Pommes McIntosh, du Québec, format 5 lbs. – 4.99 $;
- Gâteaux Vachon, différents produits, pour 6 à 8 petits gâteaux = entre 2.29 $ et 3.29 $ (aussi régulièrement en spécial).
Source : https://www.iga.net/fr en date du 20 avril 2007
La fluctuation des prix de certains aliments, principalement les fruits et légumes, diminue leur accessibilité pour les ménages qui ne peuvent consacrer qu’un petit budget à l’alimentation. Par exemple, entre janvier et février 2007, les prix des légumes frais ont grimpé, en moyenne, de 12 %.
Témoignage
« J’voudrais ben suivre le Guide alimentaire canadien, mais c’est juste pas possible! »
Un réseau de distribution alimentaire inadéquat
Trop souvent, on ne trouve que des dépanneurs du coin dans les quartiers à faible revenu, tandis que les banlieues abondent en énormes supermarchés et détaillants en gros où le choix des aliments est plus vaste et les prix souvent moins élevés.
En effet, selon de Dispensaire diététique de Montréal qui produit chaque année une étude sur le coût du panier à provisions nutritif dans divers quartiers de Montréal, plus la superficie du magasin augmente, plus le coût du panier à provisions diminue.
Une enquête sur les dépenses alimentaires des familles effectuée par Statistiques Canada en 1992 a révélé que les familles et les particuliers à faible revenu dépensaient dans les dépanneurs une plus grande part de leur budget alimentaire que les personnes à revenu élevé.
La situation, quant au réseau de distribution alimentaire, n’est guère meilleure pour les ménages à faible revenu qui habitent dans les régions éloignées des grands centres.
Des moyens de transport inaccessibles ou inadéquats
Automobile :
La possession ou l’accès à une automobile n’est pas toujours possible pour de nombreux ménages. Au Québec, en 2003, 38,5 % des ménages à faible revenu possédaient un véhicule comparé à 79,0 % des autres ménages.
Sans véhicule, il est plus difficile de se rendre aux différents supermarchés et autres détaillants en gros, là où l’on peut trouver plus facilement des aliments à meilleurs prix. En effet, des études ont montré que plus la superficie du magasin augmente, plus le coût du panier à provisions diminue.
Transport en commun :
- La carte d’autobus, au coût de 65 $ (ville de Québec, 2007), est trop dispendieuse pour les ménages à faible revenu, particulièrement pour ceux à très faible revenu;
- Les trajets d’autobus ne sont pas nécessairement conçus de façon à faciliter l’accès aux supermarchés d’alimentation des banlieues;
Cela dit, le transport en commun n’est quand même pas un moyen pratique pour avoir accès aux aliments moins chers des grandes surfaces lorsqu’on vit au centre-ville : transport laborieux des sacs d’épicerie, beaucoup de temps pour faire l’aller-retour, etc.
Un milieu familial violent, une séparation, un divorce, une faillite, la maladie physique ou mentale, un handicap, la naissance d'un enfant, le nombre d'enfants dans la famille, la prise en charge d'un parent âgé, un déménagement, être un réfugié, etc. ont une incidence sur les revenus et peuvent entraîner une situation d'insécurité alimentaire.
Les causes fondamentales
À la base, l'insécurité alimentaire est fortement liée aux politiques sociales et économiques qui déterminent le fonctionnement de la société :
Des politiques fiscales inefficaces ou incohérentes
Certaines politiques fiscales désavantagent les plus démunis, comme c’est le cas pour des personnes divorcées qui reçoivent de leur ex-conjoint une pension alimentaire :
Dans le cas d’une personne qui a un emploi, elle n’a pas à déclarer cette contribution comme un revenu dans le calcul de son impôt;
Toutefois, dans le cas d’une personne prestataire de l’aide sociale, la contribution de l’ex-conjoint est considérée comme un revenu et déduit de sa prestation, exception faite du premier 100 $.
Temoignages
Vivian Labrie, porte-parole du Collectif contre la pauvreté (Revue Notre-Dame, 2003)
« … je peux vous assurer que les personnes qui vivent la pauvreté sont les premières à faire tout ce qu’elles peuvent pour s’en sortir. Mais elles n’ont pas le pouvoir de changer nos règles sociales actuelles, qui donnent parfois lieu à des situations aberrantes. »
Une répartition de la richesse inéquitable
Au Canada, parmi les familles avec enfants, le revenu moyen des 10 % les plus pauvres a augmenté au cours des onze dernières années de 1 1184 $ (18 %), tandis que le revenu moyen des 10 % les plus riches a augmenté de 71 559 $ (46 %).
L’écart entre le revenu des familles à faible revenu et celui des familles bien nanties a continué à se creuser. Pour chaque dollar gagné par les 10 % les plus pauvres en 2004, les 10 % les plus riches en ont gagné quatorze.
Manifestement, les bénéfices d’une économie canadienne robuste n’ont pas été répartis également entre toutes les familles canadiennes et les disparités de revenu s’accentuent.
Des inégalités socioéconomiques systémiques affectent la distribution des revenus et ont un impact à la fois sur le niveau de revenu des ménages et la santé de la population.
Ainsi, la justice sociale est vue comme la solution à l'insécurité alimentaire des individus et des familles et à l'amélioration de la santé de la population.
Pour atteindre une véritable sécurité alimentaire, le niveau de pauvreté doit être réduit.
Témoignages
Paul, 46 ans, travailleur, divorcé
"Quand l'usine a fermé, y a 3 ans, ça faisait 25 ans que j'travaillais là. J'vous dis qu'ça pas été ben facile de me trouver un autre travail. Avec juste un secondaire 3 en poche, tu vas pas ben, ben loins d'nos jours!
Mais bon... finalement j'ai réussi à m'placer ici, au magasin. Seulement s't'une job à temps partiel, pis le salaire est pas mal moins bon qu'à l'usine, 9,25 $ de l'heure à la place de 17,75 $. Ça fait une méchante différence! Pis j'travaille seulement 20 h par semaine, des fois un peu plus, comme dans l'temps de Noël ou au printemps à cause des rénovations.
Quand j'ai payé mon hypothèque, mon essence, mes assurance, l'électricité, le câble pis le téléphone, y'm'reste pus grand-chose pour manger, j'va t'dire. Pis faut pas que j'ai des réparations sur mon auto. C'est arrivé des fois que je demande de l'argent à mon frère. J'aime pas ben ben ça, mais...
J'peux pas m'plaindre... j'connais des gars, des pères de famille, qui sont encore sur le BS depuis qu'l'usine a fermé. "
Marie, 24 ans, aide sociale, monoparentale avec deux enfants en bas âge
" Dans le quartier, tu vas surtout trouver des dépanneurs. Les deux épiceries sont pas mal plus loin, pis elles sont pas mal p'tites... y'a pas beaucoup de choix pis les fruits et les légumes sont pas mal chers.
Des fois, ma belle-soeur vient me chercher pour aller chez Maxi... moi, j'ai pas d'auto... c'est vrai qu'y'a des meilleurs prix, mais moi j'peux pas aller là souvent... c'est trop loin. Pis même les épiceries autour de chez nous ça fait loin à marcher surtout quand t'es obligé d'y aller avec des enfants. Ça fait que j'achète souvent au dépanneur. J'chus quand même pas pour demander à ma belle-soeur de venir me chercher à toutes les semaines!
Pis dans des magasins comme Costco, j'ai pas assez d'argent pour acheter des grosses quantité à la fois comme à fait, ma belle-soeur, quand à y va. C'est sûr qu'à fin de l'année t'as fait des économies, mais faut toujours ben qu'tu l'ailles dans tes poches c't'argent-là! Moi, j'peux pas dépenser beaucoup à la fois... faut qu'j'fasse attention. "
"Pour faire de bons choix alimentaire, les connaissances ne suffisent pas. Il faut avoir accès à des aliments de qualité ET avoir les moyens financiers de se les procurer." (Ordre professionnel des diététistes du Québec)
Des individus se retrouvent en situation d'insécurité alimentaire en raison d'un accès physique plus difficile aux aliments sans que leurs revenus ne soient vraiment en cause. C'est le cas notamment de certaines personnes ayant des limitations soit pour cuisiner soit pour se déplacer, comme des personnes âgées, handicapés ou souffrant d'une maladie physique ou mentale, etc.
L'insécurité alimentaire n'est pas toujours une situation chronique, pour certains ménages c'est un état temporaire.
Francine, 39 ans, récemment divorcée, trois enfants
" Avant de divorcer, on vivait avec deux salaires, celui de mon mari et le mien. Après le divorce, j'ai dû réajuster mon niveau de vie. Ça m'a demandé un certain temps d'adaptation... avant que toutes les procédures de divorce soient finies... pour la pension pis tout le reste. Ç'a pas été facile. J'avoue que ç'a été une période pas mal difficile pour moi pis les enfants.
L'insécurité alimentaire... j'ai connu ça, même si les enfants en ont pas vraiment souffert. Pis dans le fond, c'est tout ce qui comptait... qu'eux autres y en souffrent pas. On mangeait moins bien que d'habitude... mon fils appelait ça "la valse du steak haché"... mais au moins y mangeaient à leur faim."
Sébastien et Marie-Pierre, 23 et 25 ans, travailleurs, deux jeunes enfants
" Quand j'suis tombée enceinte de Allison, je travaillais dans un Tim Horton à temps plein, de nuit, au salaire minimum. À cause du travail, j'ai eu un retrait préventif, mais j'ai eu toutes sortes de problèmes avec mon employeur à cause du retrait préventif. Ç'a pris presqu'un an avant que ça se règle...
Ça fait que pendant c'temps-là, Sébastien était tout seul pour faire vivre trois personnes et payer tous les comptes... avec un salaire d'environ 13 000 $. Pis on venait juste de déménager dans un appart plus grand. On a été obligé d'aller chercher de l'épicerie au dépannage alimentaire une couple de fois. J'me suis inscrite dans une cuisine collective, ç'a aidé... mais là j'peux pus y aller parce que c'est juste le jour pis moi je travaille le jour que ça se passe. "
Guy, 52 ans, séparé, prestataire de l'aide sociale
" Tu dirais pas ça là... en me voyant comme ça là... mais j'ai déjà eu une entreprise qui fonctionnait à plein, une grosse maison pis tout. Quand ma femme est partie avec les enfants, j'ai fait une dépression. J'ai dû être hospitalisé. À cause de tout ça, j'ai fait faillite pis j'ai perdu ma maison. J'vois même plus mes enfants.
Maintenant, j'suis sur l'aide sociale. Quand j'suis sorti de l'hôpital, y a fallu que j'me trouve une chambre... j'sais pas ben, ben faire à manger... ça fait que j'vais dans les soupes populaires, des affaires comme ça là. Pis à l'âge que j'ai... trouver du travail... c'est pas évident! "
Pour en savoir plus
Des revenus trop faibles
Pour certains ménages québécois, la nourriture devient presqu'un luxe.
Vous, comment y arriveriez-vous ?
Revenu mensuel brut d'une personne (pour 2012):
- Payée au salaire minimum qui travaille 26 heures* par semaine = 1 107 $ß;
- Payée au salaire minimum qui travaille 40 heures par semaine = 1 703 $;
- Prestataire de l'aide sociale sans contraintes à l'emploi = 686 $;
- Prestataire de l'aide sociale avec contraintes sévères = 997 $;
- Prestataire de l'assurance-emploi (chômage) : 953 $, ce qui équivaut à la prestation de base équivalant à 55% de la rémunération moyenne assurable, pour un maximum de 485 $ par semaine **
*La moyenne d'heures travaillées par les personnes payées au salaire minimum (2007)
Source: Statistique Canada, Enquête sur la population active.
ß Calculé à partir de 4,33 semaines/mois (répartition égale du nombre de jours/mois).
Pour les prestataires de l'aide sociale, les transferts gouvernementaux sont inclus.
** Source: section « Combien puis-je m'attendre à recevoir? »
Le DÉFI :
| Avec ces revenus (bruts), comment y arriver pour vivre décemment s’il vous en coûte : | Coût mensuel |
| Le logement (1) (ou la chambre) (automne 2011) | 523-609 $ |
| L’électricité | 30 $ |
| Le chauffage | 30 $ |
| Le téléphone | 40 $ |
| Le transport (carte d’autobus en 2012) | 77 $ |
| La nourriture 50,61 $/sem. (en 2011) (2) | 218 $ |
| TOTAL | 918-1004 $ |
(1) Dans son Rapport sur le marché locatif publié à l'automne 2011, la Société canadienne d'hypothèques et de logement a estimé que dans la région de Québec, le loyer moyen se situait à 523 $ pour un studio et à 609 $ pour un logement avec une chambre. Ces montants peuvent toutefois inclure le chauffage ou l'électricité
(2) Le « Panier à provisions nutritifs » (PPN) est une commande hebdomadaire d'aliments qui, à faible coût, satisfait les besoins nutritionnels selon l'âge, le sexe et la condition physiologique (grossesse et allaitement). Dans la région de la Capitale-Nationale en 2011, le coût minimal moyen d'une alimentation adéquate est de 7,23 $ par personne par jour, soit 202.44 $ par mois.(1) Dans son Rapport sur le marché locatif publié à l'automne 2011, la Société canadienne d'hypothèques et de logement a estimé que dans la région de Québec, le loyer moyen se situait à 523 $ pour un studio et à 609 $ pour un logement avec une chambre. Ces montants peuvent toutefois inclure le chauffage ou l'électricité.
Une intervenante d'un organisme communautaire qui vient en aide aux personnes en situation de pauvreté:
« Si on écoute ce que les gens disent des personnes pauvres, on se rend compte que finalement les pauvres devraient être exemplaires!
À les entendre, ils devraient être meilleurs que tous les autres pour budgéter, cuisiner, faire de bons choix alimentaires, ça veut dire pas de pizza, pas de junk food, pas de bière, mais manger des aliments que beaucoup d’autres n’aiment pas, comme le tofu et les légumineuses, juste parce que c’est moins cher. Ils devraient en plus se contenter de peu, petit logement, vêtements usagés et tout ça, résister à la publicité et à la surconsommation ce qui veut dire ne pas avoir envie des mêmes gadgets que les autres, téléphone cellulaire, iPod, cinéma maison, et cetera.
Pis en plus, il faudrait que ça les dérange pas de se faire critiquer pis juger par tout un chacun. »
55 400 personnes
En 2003, dans la région de la Capitale-Nationale, le manque d'argent a précipité au moins 55 400 personnes dans l'insécurité alimentaire. C'est donc environ une personne sur dix qui se trouve, chez nous, dans une situation alimentaire problématique.




