Vérifiez vos connaissances... et découvrez quelques préjugés cachés.
Pour chacun des énoncés suivants, cliquez sur le lien qui lui correspond pour en apprendre un peu plus.
Ne pas manger à sa faim au Québec, ça se peut.
Vrai
Ne pas manger à sa faim est une réalité bien présente dans nos propres milieux. En effet, il n’y a pas que dans les pays en développement qu’on trouve des femmes, des hommes et des enfants qui vivent une situation alimentaire précaire.
Voici quelques chiffres qui en disent long !
Au Québec
- En 2003, 13,1 % de la population de 12 ans ou plus disait avoir vécu, en raison d'un manque d'argent, au moins un des aspects suivants de l'insécurité alimentaire :
- Manque de nourriture
- Monotonie de l'alimentation
- Inquiétude à l'idée de manquer de nourriture
Dans la région de la Capitale Nationale
- En 2003, 1 personne sur dix, soit 55 000 personnes ont souffert d'insécurité alimentaire
Dans la région de la Capitale-Nationale, même si dans l’ensemble la population est relativement à l’aise, le phénomène est présent de façon préoccupante. On a estimé, en 2003, que la proportion de la population de 12 ans ou plus qi vivait une situation d’insécurité alimentaire à cause d’une manque d’argent avait atteint au moins 9,7 %, ce qui correspond à un minimum de 55 400 personnes.
Si l’on avait recensé aussi les enfants de moins de 12 ans, la proportion de la population en insécurité alimentaire aurait été plus élevée. Par exemple, dans l’Enquête de nutrition auprès des enfants québécois de 4 ans, réalisée par l’Institut de la statistique du Québec au printemps 2002, on a estimé qu’environ 1 enfant de 4 ans sur 10 (11 %) était touché par l’insécurité alimentaire.
La faim, c'est un problème qui touche surtout les itinérants.
Vrai
La faim est effectivement un problème récurrent chez les itinérants.
En moyenne, dans le centre de la ville de Québec, 1080 repas ont été servis quotidiennement pendant l’année 2005 par 7 ressources différentes. Cela suppose que le nombre de repas nécessaires pour répondre aux besoins des personnes sans domicile fixe est probablement sous-estimé, sans toutefois qu’on en connaisse l’ordre de grandeur.
Chaque jour les ressources en sécurité alimentaire servent :
- 129 déjeuners
- 621 dîners
- 330 soupers
Faux
Les situations alimentaires précaires, dont la faim, touchent en réalité :
- Plusieurs types de personnes
- Plusieurs types de ménages
Il peut s’agir d’hommes et de femmes de tout âge et de toute catégorie comme :
- Des enfants;
- Des étudiants;
- Des jeunes mères;
- Des immigrants;
- Des veufs;
- Des personnes qui ont fait faillite;
- Des handicapés;
- Des travailleurs à faible revenu;
- Des retraités;
- Des personnes seules, hommes ou femmes (célibataires, veufs, séparés, divorcés);
- Des couples sans enfant;
- Des couples avec enfants;
- Des familles monoparentales (principalement celles ayant une femme comme chef de famille).
- Etc.
Dans la région de la Capitale-Nationale
C’est dans tous les secteurs de la région de la Capitale-Nationale qu’on peut trouver des personnes qui ont manqué de nourriture à cause d’un manque d’argent, bien que cette situation soit beaucoup plus fréquente dans l’ancien territoire Basse-Ville-Limoilou-Vanier (13,1 % soit près de 9000 personnes).
Si des personnes connaissent un problème d'insécurité alimentaire, c'est parce qu'elles ne veulent pas s'en sortir. Elles n'ont qu'à travailler.
Faux
Vivre en sécurité alimentaire n’est pas un choix de vie.
Pour une bonne partie des personnes touchées, ce n’est pas non plus une situation permanente. Souvent, il s’agit d’une situation temporaire (ex. : dans le contexte d’une perte d’emploi) ou périodique (ex. : à la rentrée scolaire pour certains parents, ou bien dans les mois d’hiver, alors que les dépenses liées au chauffage déséquilibrent un budget limité).
C'est une question de revenu.
Parmi les personnes qui ont déclaré, en 2003, que leur principale source de revenu familial provenait d’un emploi, 8 %, soit près de 30 000 personnes de la région de la Capitale-Nationale, disait avoir vécu une situation d’insécurité alimentaire par manque d’argent.
De nos jours, une situation économique de plein emploi ne suffit plus pour passer de la pauvreté sans travail au travail sans pauvreté. En fait, il ne s’agit plus de trouver un emploi, mais d’en trouver un qui permette un niveau de vie adéquat! Tout en travaillant, bien souvent au salaire minimum, beaucoup de ces personnes doivent recourir aux services des banques alimentaires et des organismes de charité et communautaires, souvent pour des résultats bien maigres. Leur maintien en emploi peut d’ailleurs s’en trouver fortement compromis.
En 2007, un individu payé au salaire minimum (8,00 $) doit travailler 51 heures par semaine pour atteindre un revenu de travail équivalant au seuil de faible revenu (SFR) avant impôt de 2006. On appelle « travailleur à faible revenu » la personne qui cumule un nombre important d’heures de travail rémunéré durant l’année, mais dont le revenu est insuffisant pour surpasser le seuil de faible revenu.
On appelle « travailleur à faible rémunération » le travailleur dont le taux salarial composite pour tous les emplois qu’il occupe un inférieur à 10 $ l’heure (en dollars constants de 2001).
Les seuils de faible revenu (SFR)
Les seuils de faible revenu (SRF) sont des seuils, établis à partir de l’analyse des données sur les dépenses des familles, en deçà desquels les familles consacrent une part plus importante de leur revenu (20 % de plus) aux nécessités, soit l’alimentation, le logement et l’habillement, que ne le fait la famille moyenne. Afin de rendre compte des différences de coûts des nécessités entre les diverses tailles de communauté et de famille, les SRF sont calculés pour cinq tailles de communauté et sept tailles de famille (Statistique Canada).
En 2006, pour une région urbaine comme celle de la Capitale-Nationale, le seuil de faible revenu (SRF) avant impôt, pour une personne seule, était de 21 202 $; quant au SRF après impôt, il s’établissait à 17 750 $.
De façon générale, on s’entend pour considérer comme extrêmement pauvre une famille dont le revenu est inférieur à 50 % du SFR après impôt, soit, en 2006, à moins de 8 785 $.
Les personnes sont en insécurité alimentaire parce qu'elles ne savent pas se débrouiller.
Faux
Vivre en sécurité alimentaire n’est pas un choix de vie.
Pour une bonne partie des personnes touchées, ce n’est pas non plus une situation permanente. Souvent, il s’agit d’une situation temporaire (ex. : dans le contexte d’une perte d’emploi) ou périodique (ex. : à la rentrée scolaire pour certains parents, ou bien dans les mois d’hiver, alors que les dépenses liées au chauffage déséquilibrent un budget limité).
C'est une question de revenu.
Parmi les personnes qui ont déclaré, en 2003, que leur principale source de revenu familial provenait d’un emploi, 8 %, soit près de 30 000 personnes de la région de la Capitale-Nationale, disait avoir vécu une situation d’insécurité alimentaire par manque d’argent.
De nos jours, une situation économique de plein emploi ne suffit plus pour passer de la pauvreté sans travail au travail sans pauvreté. En fait, il ne s’agit plus de trouver un emploi, mais d’en trouver un qui permette un niveau de vie adéquat! Tout en travaillant, bien souvent au salaire minimum, beaucoup de ces personnes doivent recourir aux services des banques alimentaires et des organismes de charité et communautaires, souvent pour des résultats bien maigres. Leur maintien en emploi peut d’ailleurs s’en trouver fortement compromis.
En 2007, un individu payé au salaire minimum (8,00 $) doit travailler 51 heures par semaine pour atteindre un revenu de travail équivalant au seuil de faible revenu (SFR) avant impôt de 2006. On appelle « travailleur à faible revenu » la personne qui cumule un nombre important d’heures de travail rémunéré durant l’année, mais dont le revenu est insuffisant pour surpasser le seuil de faible revenu.
On appelle « travailleur à faible rémunération » le travailleur dont le taux salarial composite pour tous les emplois qu’il occupe un inférieur à 10 $ l’heure (en dollars constants de 2001).
Les seuils de faible revenu (SFR)
Les seuils de faible revenu (SRF) sont des seuils, établis à partir de l’analyse des données sur les dépenses des familles, en deçà desquels les familles consacrent une part plus importante de leur revenu (20 % de plus) aux nécessités, soit l’alimentation, le logement et l’habillement, que ne le fait la famille moyenne. Afin de rendre compte des différences de coûts des nécessités entre les diverses tailles de communauté et de famille, les SRF sont calculés pour cinq tailles de communauté et sept tailles de famille (Statistique Canada).
En 2006, pour une région urbaine comme celle de la Capitale-Nationale, le seuil de faible revenu (SRF) avant impôt, pour une personne seule, était de 21 202 $; quant au SRF après impôt, il s’établissait à 17 750 $.
De façon générale, on s’entend pour considérer comme extrêmement pauvre une famille dont le revenu est inférieur à 50 % du SFR après impôt, soit, en 2006, à moins de 8 785 $.
Maintenir les prestations d'aide sociale au plus bas incite à chercher du travail.
Faux
La fixation des prestations d’aide sociale à un seuil minimal, dans le but d’inciter les prestataires à chercher du travail, peut avoir un effet persuasif en autant que le montant reçu permette de combler ses besoins de base. Mais des prestations trop minimales, comme c’est le cas actuellement, ont surtout l’effet de maintenir les personnes en situation d’extrême pauvreté. Plus souvent qu’autrement, le temps passé chaque jour à garantir sa sécurité alimentaire, et celle de ses enfants le cas échéant, empêche d’entreprendre des démarches pour trouver un emploi. La dépression, l’exclusion sociale ou simplement la perte d’estime de soi, qui résultent d’une situation de pauvreté, ne facilitent pas non plus la recherche d’emploi.
Une personne ne peut commencer à chercher un emploi que lorsqu’elle a satisfait ses besoins fondamentaux (alimentation, logement, santé) et rempli ses obligations familiales.
Il convient de souligner que même les prestataires classés dans le catégorie avec contrainte sévère à l’emploi (ex. maladie mentale ou physique, handicap, etc.) sont eux aussi largement en dessous du seuil de faible revenu (SFR) : ainsi, le revenu d’aide sociale d’un tel prestataire est-il de 10 225 $par année alors que le SFR avant impôt était, en 2006, de 21 202 $ pour une personne seule habitant une région comme celle de la Capitale-Nationale. Or, ces prestataires sont considérés par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, dans une situation telle qu’il leur est impossible de travailler pour subvenir à leurs besoins.
Les personnes sont en insécurité alimentaire parce qu'elles dépensent leur argent pour du superflu... comme un téléphone cellulaire.
Les personnes en insécurité alimentaire vivent dans la même société de consommation que les personnes mieux nanties. Elles sont soumises aux mêmes messages publicitaires et aux mêmes incitations à consommer. Elles ressentent donc les mêmes désirs, les mêmes envies pour les multiples biens de consommation offerts.
« Les gens pensent que parce que t'es pauvre t'as moins de conscience morale. Être pauvre, ça veut pas dire que tu prends moins tes responsabilités, ça veut juste dire que t'as les mêmes rêves que tout le monde, mais aucun moyen de pouvoir les réaliser. »
Vivre selon ses moyens relève bien sûr de la responsabilité de chacun, et cette maxime s'applique autant aux personnes moins aisées financièrement qu'à celles qui le sont plus. Toutefois, pour les personnes qui parviennent difficilement à répondre à leurs besoins de base, le fait de posséder quelques biens de consommation considérés comme non essentiels, comme le câble ou un téléphone cellulaire, est souvent une façon de se sentir "comme tout le monde", comme faisant partie de la même société.
« Les gens vivant avec un tout petit revenu sont vulnérables devant la tentation du jeu, puisque gagner à la loterie leur apparaît souvent comme l'un des seuls moyens d'améliorer leurs conditions. »
Vivian Labrie, porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté
Je connais des femmes qui demandent de l'aide alimentaire et qui sont obèses. Elles ne doivent pas manquer tant que ça de nourriture!
Vrai mais…
Selon plusieurs études, il semble en effet y avoir un lien entre l’insécurité alimentaire et l’obésité, du moins chez les femmes. L’analyse des données de l’Enquête nationale sur la santé de la population 1998-1999 (ENSP) montre par ailleurs que 15 % des membres des ménages en situation d’insécurité alimentaire étaient obèses, comparativement à 12 % de ceux qui n’étaient pas touchés par l’insécurité alimentaire.
L’explication est plus complexe
ll est paradoxal, en effet, que l’insécurité alimentaire soit associée à l’obésité. Ce lien fait d’ailleurs encore l’objet de nombreuses études. Toutefois, on peut déjà fournir quelques hypothèses pour expliquer ce phénomène.
Ainsi, les personnes en insécurité alimentaire :
- Ne pourraient s’offrir que des aliments bon marché qui tendent généralement à être plus caloriques et d’une qualité nutritionnelle médiocre (beaucoup de gras et de sucres, mais peu de fruits et de légumes);
- Auraient tendance, après des périodes de restrictions qui ont parfois été importantes, à se suralimenter (frénésie alimentaire) lorsqu’elles ont suffisamment d’aliments;
- En viendrait, à la suite de multiples dérèglements dans les habitudes de consommation), à prendre plus facilement du poids, même sans ingérer plus de calories, parce que leur organisme développerait une efficacité plus grande à utiliser l’énergie absorbée. Si l’énergie est utilisée plus efficacement, cela signifie que les personnes pourraient faire la même activité avec moins d’énergie. Donc, en consommant la même quantité d’énergie, si cette quantité dépasse les besoins, le corps stocke l’excédent sous forme de graisse !
Une autre explication physiologique mise de l’avant se rapporte au cortisol, une hormone sécrétée en réaction au stress. D’une part, les tissus adipeux sont très sensibles au cortisol, et d’autre part, les personnes en insécurité alimentaire vivent un stress chronique. Ainsi, plus le niveau de stress augmente, plus l’organisme libère au cortisol, et plus il y a des tissus adipeux qui se déposent au niveau de l’abdomen.
Penser éliminer complètement l'insécurité alimentaire est irréaliste.
Vrai
Il est impossible de venir à bout de toutes les inégalités sociales, mais il faut toujours tendre vers l’idéal… et travailler en ce sens.C’est la seule façon de se rapprocher le plus possible de nos visées même si, au départ, on les croit irréalistes.
Et faux...
D’une part, la production mondiale actuelle de nourriture est déjà suffisante pour satisfaire les besoins alimentaires de toute la planète. En fait, c’est la distribution de cette production alimentaire et l’accès, tant physique qu’économique, aux aliments qui font défaut. D’autre part, si certaines inégalités sont difficiles, sinon impossibles à éliminer, comme un handicap, nous avons le pouvoir et la capacité, dans une démocratie, de corriger certaines autres inégalités, tel un faible revenu, qui empêchent un individu d’exercer ses droits fondamentaux comme celui de l’alimentation.
L'atteinte d'une sécurité alimentaire pour tous est principalement l'affaire des organismes communautaires et caritatifs (de charité).
Assurer la sécurité alimentaire pour tous s’inscrit dans le contexte plus large de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Il s’agit donc d’un enjeu collectif majeur qui doit mobiliser toutes les parties de la société et tous les secteurs de l’économie. La recherche de solutions appropriées et durables, c’est-à-dire qui vont au delà de l'aspect alimentaire uniquement, nécessite ainsi un partenariat novateur entre les instances gouvernementales nationale, régionale et municipale, les communautés, l’industrie agroalimentaire, l’entreprise privée, les universités et les centre de recherche et, bien entendu, les organismes communautaires et caritatifs (visitez la section Bâtir des solutions).




