L'acouphène somatosensoriel - pratique de pointe

jeudi 22 juin 2017


L’expérimentation des pratiques de pointe permet aux directions de prioriser des problèmes vécus par les usagers et de développer une solution adaptée aux pratiques qui ne trouvent aucune solution concrète, ni dans la littérature, ni dans les expériences d’autres établissements. Une pratique de pointe sur le traitement de l’acouphène somatosensoriel a été expérimentée par le Programme en déficience physique.

Jusqu’à tout récemment, les acouphènes étaient tous traités de la même façon. Or, des intervenants constataient que les acouphènes, chez certains usagers, étaient liés à des problèmes récents ou anciens à la tête et au cou. Le projet est donc issu de l’intuition clinique selon laquelle la physiothérapie pourrait éventuellement soulager ces usagers de leurs acouphènes.

Dans un premier temps, la direction s’est adressée à l’Unité d’évaluation des technologies et des modes d’intervention en santé et en services sociaux (UÉTMISSS) afin de cibler les interventions fondées sur des preuves scientifiques. Le rapport d’ÉTMISSS, produit en 2013, a proposé trois traitements prometteurs, dont la physiothérapie. Cette approche n’avait cependant pas encore été expérimentée en centre de réadaptation de la déficience auditive au Québec.

Dans un deuxième temps, la direction a pris la décision d’innover et d’expérimenter une pratique de pointe portant sur le traitement de l’acouphène somatosensoriel par la physiothérapie. Un protocole rigoureux d’évaluation clinique (autant en audiologie qu’en physiothérapie) a été établi ainsi qu’un protocole d’intervention par une physiothérapeute spécialisée dans les problèmes cervicaux et crâniens. Le protocole comportait 10 à 12 traitements d’une heure (sur une période de 6 à 8 semaines, à raison de deux traitements par semaine).

L’expérience, menée auprès de 31 usagers, a permis de recueillir des données à différents moments du traitement pour évaluer son efficacité. Les analyses ont démontré que le traitement était efficace, mais pas pour tous les participants : seuls 14 des 31 usagers ont connu une régression significative et persistante de leur acouphène. Toutefois, tous les usagers se sont dits satisfaits du traitement, incluant ceux qui n’en ont pas connu de régressions significatives. Certains d’entre eux ont même poursuivi le traitement dans le secteur privé à la fin de leur expérience.

Quant à l’organisation des services, l’expérience aura été profitable sur plusieurs plans; elle a permis :

  • De réajuster le protocole d’évaluation et d’intervention;
  • De doter les intervenants d’un outil permettant de distinguer les usagers pour lesquels le traitement serait bénéfique;
  • De déterminer les facteurs prédicteurs de succès.

La pratique, maintenant développée, est intégrée à l’offre de service courante du Programme en déficience auditive adultes-aînés de la Direction des programmes DI-TSA-DP. Un guide d’intervention sera disponible à l’automne pour soutenir les autres intervenants du domaine, surtout les audiologistes et les physiothérapeutes, tant ceux du secteur privé que ceux du secteur public. 

L’acouphène est un ensemble de sons ou de bruits qu’une personne entend en l’absence d’une source sonore. Dans la majorité des cas, il est un trouble du système auditif;  son traitement est alors basé sur une approche d’intervention conventionnelle, axée sur ce trouble auditif.

Parfois, l’acouphène est somatosensoriel lorsque ses symptômes sont associés à un problème lié à la tête et au cou, soit :

  • Un traumatisme crânien (ancien ou récent);
  • Des manipulations aux dents et à la mâchoire (exemples : extraction de dents ou traitement de canal);
  • Des douleurs chroniques à la tête et au cou;
  • Une posture inadéquate (exemples : posture au travail ou pendant le sommeil).

Les approches d’intervention utilisées habituellement ne sont pas adaptées à ce type d’acouphène.

 Infolettre du CIUSSS de la Capitale-Nationale, juin 2017