Importance de diffuser un message uniforme de non-consommation d'alcool durant la grossesse

vendredi 17 février 2017
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Importance de diffuser un message uniforme de non-consommation d'alcool durant la grossesse

Avis de santé publique dans le but de diffuser un message clair, uniforme et non culpabilisant sur l'importance d'éviter toute consommation d'alcool par les femmes enceintes et celles qui prévoient le devenir "Si vous êtes enceinte ou planifiez le devenir, ne prenez aucun risque, ne prenez pas d'alcool."

Produit par: Direction de santé publique du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale en collaboration avec le ministère de la Santé et des Services sociaux.

Personnes visées: Directeurs de santé publique du Québec, aux fins de diffusion auprès de tous les professionnels et intervenants du réseau de la santé et des services sociaux (médecins, sages-femmes. infirmières, pharmaciens communautaires et organismes communautaires concernés) qui travaillent auprès de femmes enceintes ou qui désirent le devenir.

Pour plus de renseignements sur cet avis, veuillez contacter Dre France Paradis à l'adresse courriel france.paradis2.ciussscn@ssss.gouv.qc.ca.

Mise en contexte

  •  L’alcool est un produit tératogène, c’est-à-dire susceptible de provoquer des malformations congénitales par son action sur le foetus. L’alcool agit principalement sur le système nerveux central, lequel se développe tout au long de la grossesse; il passe librement à travers le placenta. Parmi les substances psychoactives, l’alcool est celle qui est la plus nocive pour le foetus. Aucune limite sécuritaire de consommation d’alcool durant la grossesse n’est établie. L’exposition prénatale à l’alcool (EPA) est la principale cause évitable d’anomalies congénitales et de déficiences intellectuelles chez les enfants; certains de ces troubles sont permanents et irréversibles.
  • Malgré ces connaissances, il arrive que des professionnels et des intervenants du réseau de la santé et des services sociaux mentionnent aux femmes enceintes qu’elles peuvent boire modérément ou à l’occasion.
  • Le Québec est la province au Canada où le taux de consommation d’alcool durant la grossesse est le plus élevé, soit 25,6 % selon les plus récentes données (1993 à 2008) en la matière provenant de Statistique Canada. Ce taux est un peu plus que le double de la moyenne d’autres provinces canadiennes. Selon une autre enquête, soit celle de l’Institut de la statistique du Québec menée en 2006, la proportion de mères ayant consommé de l’alcool durant la grossesse était de 34,1 % concernant l’ensemble du Québec.
  • Cette situation survient dans un contexte socioculturel favorable à la consommation d’alcool. En effet, la consommation d’alcool excessive (4 consommations ou plus par occasion, au moins 1 fois par mois) chez les femmes en âge d’avoir des enfants a augmenté de 60 % depuis le début des années 2000 au Québec (Statistique Canada, 2015). En 2013-2014, 21 % des femmes québécoises âgées de 15 à 49 ans ont eu une consommation excessive d’alcool.

Recommandations aux professionnels et aux intervenants relatives aux messages à transmettre à l'intention des femmes enceintes 

1. Discuter de la consommation d’alcool avec les femmes enceintes

  • Intégrer le sujet de l’alcool à ceux des habitudes de vie : sommeil, activité physique, médication, alimentation et tabagisme.
  • Privilégier les questions exploratoires, par exemple : « À quand remonte votre dernière consommation? », « Actuellement, combien de consommations prenez-vous par jour, par semaine, par mois? ». Éviter les questions suggestives, par exemple : « Vous ne buvez pas d’alcool? »
  • Explorer les connaissances de la patiente sur les effets de l’alcool durant la grossesse. Les questions ouvertes facilitent le dialogue avec la patiente, par exemple : « Que savez-vous des conséquences de la consommation d’alcool durant la grossesse sur le bébé? », « Que pensez-vous de la recommandation zéro alcool tout au long de la grossesse? ».

2. Diffuser un message clair de non-consommation d’alcool durant la grossesse

  • Informer les femmes enceintes, ou qui désirent le devenir, des risques de la consommation d’alcool sur le foetus. Il est important de dire aux femmes enceintes qu’il est fortement recommandé de ne pas consommer d’alcool durant leur grossesse.
  • Par ailleurs, ne pas aborder le sujet peut laisser croire qu’il n’y a aucun problème à consommer de l’alcool. Informer les femmes enceintes qu’il n’est jamais trop tard pour cesser la consommation d’alcool. Impliquer le conjoint ou la conjointe et l’entourage peut aider la femme enceinte à cesser de consommer de l’alcool.

3. Orienter les femmes enceintes qui ont besoin d’aide additionnelle

  • Des services adaptés de première ligne sont offerts dans les centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) et les centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS). De plus, selon le cas, les femmes peuvent être orientées vers des services de réadaptation en dépendance.

À l'intention des femmes qui planifient une grossesse

1. Il est recommandé aux femmes qui planifient une grossesse de cesser la consommation d’alcool

  • Puisque les femmes qui planifient une grossesse n’auront pas la confirmation qu’elles sont enceintes au moment même où elles le deviendront, il leur est recommandé de cesser la consommation d’alcool et d’éviter principalement les occasions de consommation excessive d’alcool.

État des connaissances sur les effets de la consommation d'alcool durant la grossesse

  • L’alcool est un produit tératogène. Le placenta ne filtre pas l’alcool, lequel passe donc directement du sang de la femme enceinte au sang du bébé à travers le placenta, en concentration égale. Par conséquent, lorsque l’alcool est consommé pendant la grossesse, il peut entraver la formation et la croissance de l’embryon et du foetus et ainsi provoquer des effets néfastes sur la grossesse et chez l’enfant à naître.
  • La consommation d’une grande quantité d’alcool lors d’une même occasion peut être particulièrement nocive pour le foetus. Plusieurs facteurs ont une influence sur les conséquences de la consommation d’alcool sur la grossesse et le foetus, à savoir la consommation importante d’alcool au cours de la grossesse, la consommation d’une grande quantité d’alcool lors d’une même occasion (quatre verres ou plus en une seule occasion) et la consommation fréquente. Il faut aussi prendre en considération les facteurs suivants : la polyconsommation, les caractéristiques personnelles et génétiques de la mère (p. ex. : état de santé, nutrition, capacités métaboliques), la sensibilité individuelle de l’enfant à naître aux effets de l’alcool et le stade de la grossesse auquel il y a consommation d’alcool. Ces risques sont présents à tous les stades de la grossesse et concernent tous les types de boissons alcoolisées. Certaines études ont démontré qu’une consommation modérée peut aussi augmenter le risque de problèmes chez l’enfant. En ce qui concerne la consommation faible et occasionnelle, les connaissances actuelles ne permettent pas de statuer sur les effets réels ou potentiels.
  • La consommation d’alcool durant la grossesse peut être associée aux effets néfastes suivants :
  • Durant la grossesse : avortement spontané, mortinaissance, naissance prématurée, retard de croissance intra-utérine.
  • Chez l’enfant et l’adulte, on retrouve différentes variantes du trouble du spectre de l’alcoolisation foetale (TSAF), qui peuvent se manifester par des malformations physiques, des traits faciaux caractéristiques, des retards de croissance, des problèmes de motricité, des troubles de l’attention, de l’impulsivité et de l’hyperactivité, de l’hypo- et de l’hyper-activité sensorielle, des déficits du langage, des troubles de la mémoire, des difficultés de résolution de problèmes et d’apprentissage, des troubles spatiaux-temporaux et un manque de jugement, une plus grande réactivité au stress et des difficultés à maîtriser les émotions.
  • Le TSAF peut entraîner d’autres conséquences, par exemple des difficultés d’attachement, de la maltraitance, l’abus de substances, des problèmes d’autonomie et de santé mentale.
  • La prévalence du TSAF n’est pas établie. Une étude récente, réalisée en 2014 en Alberta, estime que l’incidence du TSAF serait de 14,2 à 43,8 personnes pour 1 000 naissances.
  • Pour toutes ces raisons, il est justifié de recommander l’abstinence.

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