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Ce qui peut mener à l'insécurité alimentaire dans un pays d'abondance

Bien que les raisons mènent à l'insécurité alimentaire soient diverses et complexes, on peut tout de même les répartir selon trois niveaux explicatifs :

  1. Les causes immédiates ;
  2. Les causes primaires ;
  3. Les causes fondamentales.

Les causes immédiates

L'insécurité alimentaire au niveau individuel existe pour plusieurs raisons qui tournent essentiellement autour d'une dimension déterminante :

Les moyens d'avoir accès à suffisamment d'aliments nutritifs (accès physique), sur une base régulière, et de pouvoir se les procurer en toute dignité (accès économique).

  • Des revenus trop faibles ne permettent pas de répondre correctement aux besoins de base, notamment, celui de se nourrir.

Dans la région de la Capitale-Nationale, en 2003

1 personne sur 10, ce qui correspond à un minimum de 55 400 personnes, a déclaré avoir vécu une situation d'insécurité alimentaire en raison d'un manque d'argent

L'insécurité alimentaire ne se limite pas aux seuls ménages à faible revenu, elle touche aussi certains ménages à revenu moyen, mais ce sont quand même ces ménages qui sont les plus affectés par cette problématique. 

La pauvreté n'est pas l'unique explication de l'insécurité alimentaire, mais elle en est certainement une des causes les plus importantes.

D'autres raisons que la pauvreté peuvent expliquer les difficultés financières qui mènent parfois vers une situation d'insécurité alimentaire dont : 

  • Des dépenses mal contrôlées (difficulté à gérer son budget ou à résister à la surconsommation, etc.) ;
  • Des problématiques personnelles qui affectent de le revenu comme le jeu pathologique, la toxicomanie (alcool, drogue), la maladie mentale etc. 

Les personnes en insécurité alimentaire par manque d'argent doivent faire des choix difficiles entre des besoins essentiels. Avec un budget restreint qui suffit à peine à payer les dépenses fixes comme le loyer, l'électricité, etc., on coupe dans la nourriture quand on n'arrive pas à joindre les deux bouts. 

Si les dépenses prévues peuvent occasionner des problèmes, qu'arrive-t-il lorsque surviennent des dépenses imprévues comme un réfrigérateur à remplacer, une augmentation de loyer, des soins dentaires?

Les moyens physiques ou la facilité de déplacement : 

  • La répartition inégale des différents types de commerce d'alimentation rend l'accès à des aliments sains et nutritifs aux meilleurs coûts possible plus difficile. 

Les personnes en situation d'insécurité alimentaire font également face à différentes difficultés liées à l'approvisionnement en raison d'un problème de distance ou de transport. Autrement dit, il est beaucoup plus difficile pour elles d'obtenir des aliments sains et nutritifs aux meilleurs coûts sur le marché :

  • Des supermarchés d'alimentation trop loin ;
  • Un moyen de transport inexistant ou inadéquat.

Les causes primaires

Un milieu familial violent, une séparation, un divorce, une faillite, la maladie physique ou mentale, un handicap, la naissance d'un enfant, le nombre d'enfants dans la famille, la prise en charge d'un parent âgé, un déménagement, être un réfugié, etc. ont une incidence sur les revenus et peuvent entraîner une situation d'insécurité alimentaire.

Les causes fondamentales

À la base, l'insécurité alimentaire est fortement liée aux politiques sociales et économiques qui déterminent le fonctionnement de la société :

Des inégalités socioéconomiques systémiques affectent la distribution des revenus et ont un impact à la fois sur le niveau de revenu des ménages et la santé de la population. 

Ainsi, la justice sociale est vue comme la solution à l'insécurité alimentaire des individus et des familles et à l'amélioration de la santé de la population.

Pour atteindre une véritable sécurité alimentaire, le niveau de pauvreté doit être réduit.

Témoignages

Paul, 46 ans, travailleur, divorcé :

"Quand l'usine a fermé, y a 3 ans, ça faisait 25 ans que j'travaillais là. J'vous dis qu'ça pas été ben facile de me trouver un autre travail. Avec juste un secondaire 3 en poche, tu vas pas ben, ben loins d'nos jours!

Mais bon... finalement j'ai réussi à m'placer ici, au magasin. Seulement s't'une job à temps partiel, pis le salaire est pas mal moins bon qu'à l'usine, 9,25 $ de l'heure à la place de 17,75 $. Ça fait une méchante différence! Pis j'travaille seulement 20h par semaine, des fois un peu plus, comme dans l'temps de Noël ou au printemps à cause des rénovations. 

Quand j'ai payé mon hypothèque, mon essence, mes assurance, l'électricité, le câble pis le téléphone, y'm'reste pus grand-chose pour manger, j'va t'dire. Pis faut pas que j'ai des réparations sur mon auto. C'est arrivé des fois que je demande de l'argent à mon frère. J'aime pas ben ben ça, mais...

J'peux pas m'plaindre... j'connais des gars, des pères de famille, qui sont encore sur le BS depuis qu'l'usine a fermé. "

Marie, 24 ans, aide sociale, monoparentale avec deux enfants en bas âge :

" Dans le quartier, tu vas surtout trouver des dépanneurs. Les deux épiceries sont pas mal plus loin, pis elles sont pas mal p'tites... y'a pas beaucoup de choix pis les fruits et les légumes sont pas mal chers. 

Des fois, ma belle-soeur vient me chercher pour aller chez Maxi... moi, j'ai pas d'auto... c'est vrai qu'y'a des meilleurs prix, mais moi j'peux pas aller là souvent... c'est trop loin. Pis même les épiceries autour de chez nous ça fait loin à marcher surtout quand t'es obligé d'y aller avec des enfants. Ça fait que j'achète souvent au dépanneur. J'chus quand même pas pour demander à ma belle-soeur de venir me chercher à toutes les semaines!

Pis dans des magasins comme Costco, j'ai pas assez d'argent pour acheter des grosses quantité à la fois comme à fait, ma belle-soeur, quand à y va. C'est sûr qu'à fin de l'année t'as fait des économies, mais faut toujours ben qu'tu l'ailles dans tes poches c't'argent-là! Moi, j'peux pas dépenser beaucoup à la fois... faut qu'j'fasse attention. "

"Pour faire de bons choix alimentaire, les connaissances ne suffisent pas. Il faut avoir accès à des aliments de qualité ET avoir les moyens financiers de se les procurer." (Ordre professionnel des diététistes du Québec)

Des individus se retrouvent en situation d'insécurité alimentaire en raison d'un accès physique plus difficile aux aliments sans que leurs revenus ne soient vraiment en cause. C'est le cas notamment de certaines personnes ayant des limitations soit pour cuisiner soit pour se déplacer, comme des personnes âgées, handicapés ou souffrant d'une maladie physique ou mentale, etc. 

L'insécurité alimentaire n'est pas toujours une situation chronique, pour certains ménages c'est un état temporaire.

Francine, 39 ans, récemment divorcée, trois enfants :

" Avant de divorcer, on vivait avec deux salaires, celui de mon mari et le mien. Après le divorce, j'ai dû réajuster mon niveau de vie. Ça m'a demandé un certain temps d'adaptation... avant que toutes les procédures de divorce soient finies... pour la pension pis tout le reste. Ç'a pas été facile. J'avoue que ç'a été une période pas mal difficile pour moi pis les enfants.

L'insécurité alimentaire... j'ai connu ça, même si les enfants en ont pas vraiment souffert. Pis dans le fond, c'est tout ce qui comptait... qu'eux autres y en souffrent pas. On mangeait moins bien que d'habitude... mon fils appelait ça "la valse du steak haché"... mais au moins y mangeaient à leur faim."

Sébastien et Marie-Pierre, 23 et 25 ans, travailleurs, deux jeunes enfants :

" Quand j'suis tombée enceinte de Allison, je travaillais dans un Tim Horton à temps plein, de nuit, au salaire minimum. À cause du travail, j'ai eu un retrait préventif, mais j'ai eu toutes sortes de problèmes avec mon employeur à cause du retrait préventif. Ç'a pris presqu'un an avant que ça se règle...

Ça fait que pendant c'temps-là, Sébastien était tout seul pour faire vivre trois personnes et payer tous les comptes... avec un salaire d'environ 13 000 $. Pis on venait juste de déménager dans un appart plus grand. On a été obligé d'aller chercher de l'épicerie au dépannage alimentaire une couple de fois. J'me suis inscrite dans une cuisine collective, ç'a aidé... mais là j'peux pus y aller parce que c'est juste le jour pis moi je travaille le jour que ça se passe. "

Guy, 52 ans, séparé, prestataire de l'aide sociale: 

" Tu dirais pas ça là... en me voyant comme ça là... mais j'ai déjà eu une entreprise qui fonctionnait à plein, une grosse maison pis tout. Quand ma femme est partie avec les enfants, j'ai fait une dépression. J'ai dû être hospitalisé. À cause de tout ça, j'ai fait faillite pis j'ai perdu ma maison. J'vois même plus mes enfants. 

Maintenant, j'suis sur l'aide sociale. Quand j'suis sorti de l'hôpital, y a fallu que j'me trouve une chambre... j'sais pas ben, ben faire à manger... ça fait que j'vais dans les soupes populaires, des affaires comme ça là. Pis à l'âge que j'ai... trouver du travail... c'est pas évident! "