Constats - Guides cliniques

Risque suicidaire

Manifestations ou sous-catégories pouvant aider à préciser le constat

Rappel théorique

Risque suicidaire

Le risque suicidaire est la probabilité qu’une personne se suicide à l’intérieur d’une période de deux ans (Daigle, Labelle et Girard, 2003). C’est une probabilité établie à long terme qui tient compte de la présence de divers facteurs prédisposants au suicide dans la trajectoire de vie d’une personne : antécédents suicidaires, violence, sévices de nature physique, psychologique ou sexuelle ainsi qu’abandon et pertes précoces (Séguin, 2001). Le risque suicidaire peut être qualifié d’imminent (moins de 48 heures), à court terme (jours ou semaine) ou à long terme.

Urgence suicidaire

L’urgence suicidaire est la probabilité qu’une personne passe à l’acte dans les 48 heures. Les idées suicidaires fréquentes et intenses, la conception d’un plan suicidaire et la létalité du moyen envisagé sont des éléments importants pour déterminer l’urgence suicidaire. L’urgence suicidaire peut être évaluée selon une échelle de 1 à 8 et la classer selon trois niveaux : léger, modéré ou élevé (Phaneuf et Séguin, 1987). On considère que l’urgence suicidaire est légère (1-2-3) en l’absence d’un plan suicidaire; elle est modérée (4-5) si un scénario existe mais que sa date de réalisation est éloignée ou imprécise; elle est élevée (6-7-8) lorsque la personne a un plan suicidaire précis, que le moyen est létal et accessible et qu’une date est arrêtée dans les jours qui suivent.

Processus de la crise suicidaire

Présenté selon des étapes bien définies et progressives, le processus de la crise suicidaire n’est toutefois pas, dans les faits, franchi de façon linéaire. La personne peut traverser rapidement les étapes ou, au contraire, revenir à une étape antérieure.
Tableau du processus de la crise suicidaire

  • Recherche active de solutions : Confrontée à des difficultés qui compromettent son équilibre, la personne cherche à diminuer la tension et à retrouver son équilibre en envisageant différents moyens. À cette étape, elle vit une certaine vulnérabilité sans pour autant avoir des idées suicidaires;
  • Flashs suicidaires : Au fur et à mesure que la personne tente différentes solutions et que celles-ci ne lui permettent pas de retrouver son équilibre, elle devient de plus en plus angoissée et le suicide peut lui apparaître comme une des solutions possibles pour diminuer sa souffrance;
  • Idéations suicidaires : Lorsque la personne perçoit l’éventail de solutions possibles diminué, le suicide revient régulièrement comme une solution. Les idées suicidaires sont de plus en plus persistantes et sérieuses et divers scénarios sont envisagés;
  • Rumination de l'idée suicidaire : À cette étape, la personne conçoit peu de solutions possibles à sa situation et le suicide prend alors une place prépondérante. Elle rumine un projet suicidaire. Il faut souligner que la perte d’espoir génère beaucoup de stress et de souffrance chez la personne;
  • Cristallisation : La personne perd tout espoir de s’en sortir. Le suicide lui apparaît comme la seule solution susceptible de mettre fin à son désarroi et à sa souffrance. L’élaboration d’un plan suicidaire de plus en plus précis occupe toute sa pensée et vise à mettre fin à la douleur devenue insupportable;

  • Passage à l'acte : Le passage à l’acte peut être lié à un événement précipitant qui n'est souvent que la goutte qui fait déborder le vase. Cet événement est le dernier en ligne d'une série de pertes et d'échecs vécus par la personne;
  • Période de récupération : Après un passage à l’acte, la personne peut présenter une légère amélioration et rassurer ainsi l’entourage. Cette période est à haut risque pour un nouveau passage à l’acte. La personne peut entrevoir tout le chemin à parcourir et être à nouveau envahie par le désespoir.

Interventions pouvant faire l’objet de directives infirmières

Niveau d’urgence léger

  • Accompagner dans la reconnaissance d’autres solutions que le suicide;
  • Identifier les stratégies d’adaptation habituellement utilisées et évaluer leur efficacité;
  • Encourager à identifier de nouvelles stratégies d’adaptation;
  • Accompagner dans un processus de Résolution de problèmes;
  • Aider à planifier l’avenir immédiat (projet simple, concret, réaliste);
  • Rassurer sur ses forces personnelles et sur sa capacité à gérer son devenir;
  • Passer en revue les ressources de son milieu et de son réseau de soutien : parents, amis, groupes d’entraide;
  • Encourager à parler et à demander de l’aide.

Niveau d’urgence modéré

  • Aider à retrouver un équilibre émotionnel en calmant l’agitation;
  • Susciter l’expression des émotions de façon appropriée;
  • Inviter à demander de l’aide au besoin en lui assurant notre disponibilité;
  • Aviser l’infirmière si modifications de l’affect et du comportement (passage soudain de la tristesse/dépression à la joie/sentiment de paix);
  • Aider à prendre conscience de son désir de mettre fin à sa souffrance et non pas nécessairement à sa vie;
  • Surveiller les signes d’anxiété croissante et proposer des moyens de Gestion du stress;
  • Mettre l’accent sur ses forces, ses efforts, ses progrès et succès réalisés (restructuration cognitive);
  • Rappeler les termes de l’entente de non passage à l’acte;
  • Aider à identifier les personnes significatives qui sont une source de soutien;
  • Orienter vers les services d’aide (centre de prévention du suicide, centre de crise, etc.);
  • S’assurer que la personne est en sécurité à domicile et n’a pas accès facilement à des moyens pour passer à l’acte;
  • Prévoir un contact de suivi au cours des prochains jours (préciser);
  • Susciter l’espoir, demeurer positif et confiant dans ses capacités.

Niveau d’urgence élevé

  • Vérifier la sécurité de l’environnement (ouverture des fenêtres, produits nettoyants, pôle dans la salle de bain, crochets, cordons électriques…);
  • Retirer ou contrôler l’accès aux moyens pouvant représenter un risque (ustensiles, produits personnels, lames de rasoir, sacs de plastique…);
  • Utiliser une mesure de contrôle en dernier recours si présence de conduite suicidaire incontrôlable;
  • Identifier le problème de façon précise dans l’ici/maintenant;
  • Rassurer à l’effet que nous sommes en mesure de la protéger contre ses pulsions suicidaires;
  • Rassurer à l’effet que les idées suicidaires sont souvent circonscrites dans le temps;
  • Dédramatiser et recadrer les situations source de détresse;
  • Explorer différents moyens afin de soulager la souffrance;
  • Diriger vers des solutions concrètes;
  • S’assurer de la présence en tout temps d’une personne dans son réseau;
  • S’assurer que la personne n’a pas accès à des moyens pour passer à l’acte;
  • Contacter le 911 ou le Centre de crise;
  • Prévoir un contact de suivi au cours des prochaines heures (préciser).

Note : Consulter le document Prévention et gestion des conduites suicidaires en milieu hospitalier psychiatrique notamment pour adapter les directives en fonction des caractéristiques des différentes clientèles.

Références bibliographiques

Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (2007). Prévenir le suicide pour préserver la vie - Guide de pratique clinique, Montréal,OIIQ.

Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (2007). Prévenir le suicide pour préserver la vie – Énoncé de position, Montréal,OIIQ.

Regroupement des directrices de soins infirmiers des centres hospitaliers psychiatriques (2006). Prévention et gestion des conduites suicidaires en milieu hospitalier psychiatrique, Montréal, Hôpital Rivière-des-Prairies, Service des communications.