Constats - Guides cliniques

Troubles cognitifs

Manifestations ou sous-catégories pouvant aider à préciser le constat

Rappel théorique

Troubles cognitifs

Les troubles cognitifs sont plus spécifiquement abordés, ici, en lien avec diverses démences existantes, incluant notamment la maladie d’Alzheimer, les maladies apparentées et les affections partageant les mêmes caractéristiques ou un tableau symptomatique similaire. Selon cet angle, les troubles cognitifs peuvent se présenter sous de multiples formes, dont fait nécessairement partie l’altération de la mémoire (Voyer, 2006). Au trouble de la mémoire doivent s’ajouter au moins une autre détérioration dans les fonctions cognitives, telles que le trouble de l’orientation, l’apraxie, l’agnosie, l’aphasie, le trouble des fonctions exécutives et le trouble du raisonnement ou du jugement. Les déficits doivent représenter un déclin significatif comparativement aux capacités antérieures et s’avérer suffisamment sévères pour affecter les activités professionnelles ou sociales de la personne, en somme son fonctionnement (DSM-IV-R, 2000).

Trouble de la mémoire

La personne souffrant d’un trouble de la mémoire, symptôme prédominant, présente une difficulté à apprendre de nouvelles informations ou oublie les informations apprises par le passé (mémoire long terme). Le trouble de la mémoire peut se manifester par la perte d’objets de valeur, d’oublis divers, par le fait de s’égarer et même, à un degré plus sévère, en venir à oublier sa date de naissance, son occupation antérieure et même son propre nom (DSM-IV-R, 2000).

Trouble de l’orientation (temps, espace, personne)

La désorientation temporelle est la perte de la notion du temps et de la capacité de pouvoir s’y repérer. Elle se manifeste par une incapacité de la personne à se reconnaitre dans la chronologie. La personne peut, par exemple, ne plus savoir la date, se tromper de jour, de mois, d’année ou prendre le matin pour le soir.

La désorientation spatiale est la perte de la notion de l’espace. Elle se manifeste par l’impossibilité de reconnaitre un lieu bien connu ou de retrouver son chemin. La personne peut alors ne plus parvenir à se diriger d’un endroit vers un autre ou se croire dans un autre lieu. Lorsque les deux repères de temps et d’espace sont affectés, on parle alors de désorientation spatio-temporelle.

Il existe une désorientation possible en rapport avec les personnes ou l’image corporelle, c’est-à-dire la notion que chacun a de son propre corps.

Apraxie

L’apraxie découle du terme praxie, lequel désigne les fonctions de coordination et d'adaptation des mouvements volontaires de base, et ce, dans la visée d'accomplir une action complexe donnée ou des actes élémentaires de la vie quotidienne. L’apraxie est une atteinte de la capacité à réaliser une activité motrice malgré des fonctions motrices intactes. La personne atteinte présente une difficulté ou une incapacité à effectuer des gestes concrets désirés, d’exécuter des mouvements coordonnés ou encore, une série de mouvements.

Agnosie

L'agnosie est un trouble de la reconnaissance malgré des fonctions sensorielles et sensitives intactes. La personne atteinte n’arrive plus à reconnaitre la signification des stimuli auditifs et sensoriels. Elle ne parvient plus à identifier des objets, des formes, des couleurs, des lieux, des personnes et soi-même. Il existe plusieurs types ou catégories d'agnosie selon les modalités touchées (agnosie visuelle, tactile, auditive, spatiale, etc.).

Aphasie

L’aphasie est une anomalie se manifestant dans le domaine du langage par la difficulté à exprimer sa pensée avec des mots. Il s’agit de la perte partielle ou totale de la faculté de s'exprimer et de comprendre le langage parlé, écrit ou les équivalents non verbaux des mots (ex. : signes).

L'aphasie réfère également au décalage entre l'idée que la personne atteinte veut exprimer et celle qu'elle exprime vraiment. Par exemple, la détérioration du langage peut se manifester par une difficulté à nommer des personnes ou des objets, un appauvrissement du vocabulaire, un discours vague et un recours important à des mots imprécis comme « chose, tel ».

On fait mention plus spécifiquement d’aphasie expressive lorsqu’il y a impossibilité de parler ou d’écrire et d’aphasie réceptive lorsqu’il y a impossibilité de comprendre le langage parlé ou écrit (Fortinash et Holoday-Worret, 2003).

Trouble des fonctions exécutives

Les fonctions exécutives constituent l’ensemble des fonctions de contrôle de la cognition et du comportement qui sont mises en jeu dans de multiples activités de la vie quotidienne. Elles regroupent la capacité à penser de façon abstraite, la capacité à planifier, initier, organiser dans le temps, contrôler et arrêter un comportement complexe.

La perturbation de la pensée abstraite peut se manifester par une difficulté à réaliser de nouvelles tâches et par l’évitement de situations impliquant le traitement d’informations nouvelles et complexes.

L’altération des fonctions exécutives peut également s’exprimer par une capacité réduite à modifier le contenu de sa pensée, à générer de nouvelles informations verbales et non verbales et à exécuter une série d’activités motrices (DSM-IV-R, 2000).

Parmi les fonctions exécutives essentielles à tout comportement autonome et adapté, on retrouve également l’anticipation, la sélection d'un but, la planification, l’organisation de la démarche, l’évaluation des résultats, la formulation d'hypothèses différentes, l’autocritique, la capacité d'ajustement en cours de route et la capacité d'adaptation aux changements.

Trouble du raisonnement ou du jugement

Le trouble du raisonnement ou du jugement se manifeste notamment par l’incapacité de la personne atteinte de juger une situation, de trouver des moyens de compensation ou des solutions aux problèmes de la vie courante que ce soit dans les situations interpersonnelles, familiales et professionnelles.

Interventions pouvant faire l’objet de directives infirmières

  • Évaluer les capacités cognitives à l’aide du (préciser fréquence) :
    Mini-examen de l’état mental de Folstein (MMSE)
    Test d’évaluation cognitive de Montréal MOCA;
  • Évaluer, pour les personnes atteintes de démence, le stade de déclin cognitif à l’aide de l’Échelle de détérioration globale (Reisberg) (préciser fréquence)Évaluer les problèmes de santé les plus fréquents : diabète de type 2; hypertension; fibrillation auriculaire; problèmes visuels, auditifs, pieds, buccodentaires, nutritionnels, élimination; chutes et fractures; effets indésirables des médicaments (préciser fréquence);
  • Évaluer les signes de la douleur par l’observation : de perturbations de l’humeur, du sommeil et des mouvements; des modifications des expressions faciales; de la présence de cris ou de gémissement, de crispations, de claudication, d’un refus de bouger ou d’une diminution de la participation aux activités;
  • Évaluer la douleur avec l’Instrument d’hétéroévaluation comportementale Doloplus-2;
  • Évaluer l’autonomie face à l’alimentation et le poids (préciser fréquence);
  • Réévaluer la condition de santé physique et mentale à chaque fois qu’un changement de comportement survient, comparativement aux comportements généralement observés;
  • Surveiller attentivement les causes physiologiques d’une confusion qui s’aggrave et les indices de délirium (diminution de l’attention, désorientation, propos incohérents, humeur et comportements imprévisibles);
  • Évaluer aux 3 mois les Indicateurs de la qualité de vie en CHSLD (outil à venir) confort, sécurité, activité significative, relations, autonomie fonctionnelle, plaisir, intimité, dignité, liberté de choix, vie spirituelle;
  • Informer l’infirmière de toute nouvelle observation en lien avec l’attention, la concentration, la mémoire, l’orientation et le langage;Identifier et éliminer les dangers potentiels dans l’environnement et permettre un espace pour une déambulation sécuritaire;
  • Assurer un environnement adapté aux capacités et difficultés ainsi qu’une stabilité de l’environnement (chambre, personnel soignant, routine, etc.);
  • Faire appel aux comportements autonomes et compenser les lacunes (préciser);
  • Identifier et réaliser une analyse fonctionnelle du comportement en 3 étapes (outil à venir) en cas de comportement inadéquat dans des activités telles que soins d’hygiène, habillage, etc.;
  • Appliquer des Interventions favorisant l’habillage chez des personnes âgées présentant des déficiences cognitives (outil à venir);
  • Respecter la routine et accorder le temps nécessaire pour accomplir chaque tâche;
  • Encourager l’utilisation des forces, féliciter lors de succès et utiliser la rétroaction positive;
  • Comprendre et intervenir en fonction du sens du comportement et non en fonction du comportement même, c’est-à-dire tenter de décoder les besoins de base exprimés;
  • Procéder à la vérification des appareils visuels et auditifs (préciser fréquence);
  • Réaliser une période de communication quotidienne (préciser la fréquence, la durée et l’intervenant concerné);
  • Appliquer les Principes de base en communication prothétique (outil à venir);
  • Utiliser les Méthodes de communication (outil à venir): réminiscence, validation des émotions, diversion, orientation à la réalité, communication optimale, capture et rebouclage sensoriels;
  • Appliquer les stratégies de Stimulation cognitive au quotidien (outil à venir);
  • Évaluer en équipe les effets des stratégies utilisées et du programme d’activités thérapeutique (préciser fréquence);
  • Favoriser l’accomplissement de tâches répétitives;
  • Aménager des temps de repos (préciser la fréquence et la durée);
  • Éliminer ou couvrir les miroirs en cas de peur ou d’agitation à la vue de son reflet;
  • Enseigner aux proches des moyens pour faciliter la communication avec son parent et les particularités du type de démence;
  • Encourager les proches à participer aux soins;
  • Encourager les proches à continuer à relater à leur parent les événements de la vie quotidienne;
  • Informer les proches au sujet des organismes et services de soutien au sein de la collectivité.

Note : Selon le besoin, pour plus d’interventions pouvant faire l’objet de directives infirmières sur d’autres constats spécifiques en lien avec la démence, nous référons l’utilisateur au PTI sur :

Références bibliographiques

American Psychiatric Association, (2000). DSM-IV-TR. Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, Washington DC,. Traduction française par J.-D. Guelfi et al., Masson, Paris, 2003, 1120 pages.


Fortinash, K. M., et Holoday-Worret, P.A. (2003). Soins infirmiers en santé mentale et psychiatrie, Grilles Beck. Beauchemin, Montréal, chapitre14, p. 341-355. 


Lauzon, S., et Adam, E. (1996). La personne âgée et ses besoins : interventions infirmières. Éditions du Renouveau Pédagogique inc., Saint-Laurent (Québec), chapitre 9, p.490-494. 


Towsend, M-C. et al. (2010). Le délirium, la démence, les troubles amnésiques et les autres troubles cognitifs dans Soins infirmiers : Psychiatrie et santé mentale, 2e ed. Éditions du Renouveau Pédagogique inc., Saint-Laurent (Québec), chapitre 15, p.293-302. 


Voyer, P. (2006). Soins infirmiers aux aînés en perte d’autonomie. Une approche adaptée au CHSLD. Éditions du Renouveau Pédagogique inc., Saint-Laurent (Québec), chapitre 2, p.15-22.